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entre Furoshiki et Tawashi en mode zéro déchet

Publié le par Marie Castillo

Vu pendant la Semaine européenne de la réduction des déchets à Versailles...

Le Furoshiki est une technique traditionnelle japonaise d'emballage en tissu pour transporter des vêtements ou des cadeaux.

Le Tawashi est une éponge écologique à fabriquer soi-même...

 

 

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L'entreprise comme commun, en finir avec la RSE

Publié le par Marie Castillo

 

Les auteurs : 

 

Swann Bommier achève un post-doctorat au sein du programme Codev à l'Essec, après avoir écrit une thèse en sociologie politique à Sciences Po sur l'implantation de Michelin au Tamil Nadu et sur les enjeux relatifs aux nouvelles enceintes de droit (mou et dur) international. 

 

Cécile Renouard est professeure de philosophie au Centre Sèvres-Facultés jésuites de Paris, directrice du programme de recherches CODEV – entreprises et développement à l'ESSEC. Elle enseigne à l'ESSEC, à l'Ecole des Mines de Paris et à Sciences Po. Elle est auteure de plusieurs ouvrages dont 20 Propositions pour réformer le capitalisme (co-dirigé avec Gaël Giraud, Champs-Flammarion, 2012), Ethique et entreprise (Atelier, 2015).

 

Résumé de l’ouvrage :

 

Céline Renouard et Swann Bommier proposent des pistes pour la mise en place d’un modèle d’entreprise comprise comme un commun, au-delà de la responsabilité sociale et environnementale (RSE).

 

Leur réflexion embrasse la notion de commun à articuler avec la notion de RSE qui a trois sens distincts. Ils se demandent comment les entreprises se sont engagées dans des projets économiques respectueux de l’environnement et de l’éthique.

 

L’approche par les communs s’est développée depuis 30 ans et a été consacrée il y a dix ans avec la remise du prix Nobel de l’économie à la politologue Eleonor Oström. Cette notion est proche de la notion de biens communs mondiaux, ce à quoi nous avons tous droit d’avoir accès.

 

La notion de commun implique l’administration en commun de biens et de ressources. Comment s’organiser pour gérer des biens ensemble ? L’entreprise est au service de la pérennité des biens communs mondiaux. Elle se doit de respecter les objectifs du développement durable (ODD) qui ont un lien avec la notion de bien commun qui nous oriente collectivement vers le mieux vivre ensemble avec la mobilisation de ressources au service du lien social et écologique.

 

La réflexion part du constat que la RSE a plusieurs sens depuis les années 70 : une  conception philanthropique reposant sur la maximisation du profit en respectant les lois locales ; une conception managériale qui émerge dans les années 1980 avec une vision de gestion du risque et de réponse à la critique.

 

Dans les années 2000, ces deux conceptions ne permettent pas de répondre aux scandales sociaux et environnementaux. Dès lors la notion de RSE est redéfinie comme gestion des impacts. Cette définition est consacrée par plusieurs textes internationaux comme les principes directeurs de l’ONU sur les droits sociaux et humaines, principes directeurs sur la responsabilité internationale de l’entreprise (principes Ruggie). L’enjeu est la gestion sur la chaine de valeur des droits sociaux et environnementaux, des impacts environnementaux et sociaux.

 

Enfin, la RSE peut également inclure une perspective citoyenne. Dans ce sens, la responsabilité de l’entreprise est une mission en lien avec l’imputation de ses impacts sur la société (définition proposée par la Commission européenne en 2011). 

 

4 types de responsabilités sont à relever : la responsabilité économique et financière, la responsabilité sociale, sociétale et environnementale, et politique. La question qui se pose est la suivante : comment l’entreprise se met au service du bien commun qui dépasse son intérêt ?

 

Une entreprise responsable s’inscrit dans différents cadres conceptuels et normatifs : la première de ses responsabilités est de se demander si son cœur de métier répond à un meilleur bien vivre et de s’interroger sur la mission de l’entreprise et ses critères d’investissement. Est-il bon d’investir dans les énergies fossiles ? Quel est le coût social et environnemental des externalités négatives ?

 

L’entreprise a également une responsabilité économique et financière et doit se demander comment répartir la valeur, ce qui pose la question de la fiscalité et de la politique salariale : quelle répartition au sein de l’entreprise et dans la chaine de sous-traitants ? L’éclatement des chaines de valeurs avec des interrogations sur le dialogue social pose la question de la responsabilité des maisons mères comme en témoigne la loi sur le devoir de vigilance : les entreprises sont redevables de leurs impacts sur les communautés. On s’achemine vers la création de nouvelles responsabilités comme le montre le traité de l’Onu sur les entreprises multinationales et les droits humains en cours de négociation.

 

La maîtrise de ses impacts suppose que l’entreprise soit définie comme un commun par la démocratisation de sa gouvernance et par sa capacité à préserver des biens communs mondiaux immatériels (lien social, souveraineté populaire) et matériels (climat, biodiversité).

 

L’entreprise est un commun définissant son activité au vu des attentes de parties prenantes variées au delà de la gestion du risque, qui s’interroge sur la façon, dont un plancher social et environnemental lui est imposé. L’entreprise doit agir dans un cadre légal imposé sur des enjeux de lobbying, qui met le processus democratique en jeu, l’investissement de l’Etat et la corruption.

 

L’action de l’entreprise doit s’inscrire dans une démarche éthique comprise comme un aiguillon permettant de caractériser les tensions traversant toute société humaine. Selon P. Ricoeur, la démarche éthique est la recherche de la vie bonne avec et pour autrui dans des institutions justes, ce qui correspond au « bien vivir » en Amérique latine. 

 

Les grand biens communs globaux (climat, biodiversité, gestion des ressources naturelles) cadrent l’activité de l’entreprise. La protection des biens communs matériels et immatériels est garante de l’émancipation de chacun.

 

Commentaires :

 

Si le débat académique sur les communs est très dynamique depuis quelques années, il reste encore du chemin à parcourir pour que la notion de commun structure notre compréhension de l’entreprise. 

 

Le programme de développement de l’entreprise comme commun proposé par les auteurs est ambitieux. Les débats récents sur la loi Pacte montre les difficultés pour imposer la notion d’entreprise comme commun. Cette loi était censée redéfinir le capitalisme et la définition de l’entreprise comme « société commerciale ». Les pouvoirs publics n’ont pas souhaité remettre en cause la quête du profit comme seul horizon de l’entreprise. Néanmoins, les entreprises doivent prendre en compte les enjeux sociaux et environnementaux, les conséquences sociales et environnementales de leurs activités tout au long de la chaine de valeur. L’enjeu est de mettre le code civil en résonnance avec la gestion des impacts. Le rapport Senard-Notat a proposé d’introduire la notion d’intérêt propre à l’article 1833 du code civil. Mais la notion d’intérêt social a été retenue. Pour les pouvoirs publics, l’intérêt social de la société doit primer sur les intérêts sociaux et environnementaux.

 

Il reste que penser l’entreprise, non plus seulement comme partie prenante de la gestion du commun, mais directement comme commun répond aussi au souci de valoriser sur le plan, social, éthique et environnemental son objet et sa mission, pour en faire un acteur pleinement engagé dans la protection de notre « maison commune » à laquelle appelle le pape François dans l’encyclique « Laudato si. » Cette approche est donc digne d’intérêt et gagnerait à être connue par les plus grand nombre pour être intégrée dans la pratique des entreprises.

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Saint-Paul-Saint-Louis, une église jésuite au coeur de Paris

Publié le par Marie Castillo

Eglise de la Maison professe des jésuites, construite par les pères François Derand et Etienne Martellange, entre 1627 et 1641, l’église Saint-Paul-Saint-Louis, rue Saint-Antoine, la grande artère du Marais, est un édifice baroque exceptionnel, inspiré du Gésu à Rome et bâti sur les pierres de la paroisse Saint Paul érigée au VIIème siècle. Placée sous l’invocation du saint roi modèle des Bourbons, Saint-Louis a accueilli le cœur de Louis XIII et celui de Louis XIV.

 

Saint-Paul-Saint-Louis s’ajoute à d’autres édifices jésuites dans Paris : le Noviciat (aujourd’hui détruit), le collège Louis-le-Grand, la maison de Montlouis et le prieuré de Sainte-Catherine-du-Val-des Ecoliers. 

 

 

Historique

 

La paroisse Saint-Paul (630-1797)

 

632 – 642     Construction de la chapelle Saint Paul des Champs en l’honneur de Saint Paul l’Ermite, église du cimetière d’un couvent fondé par Saint Eloi sur l’île de la Cité, dont Sainte Aure était la Mère Abbesse. Saint Aure est représentée sur la façade, côté droit, de Saint Paul Saint Louis.  Elle est décédée le 5 octobre 655.

 

Dans ce cimetière seront enterrés François Rabelais et Jean Nicot entre autres.

 

En 845, 856, 861 et 885 : Les normands envahissent et pillent Paris ; la modeste chapelle Saint Paul des Champs ne résiste pas aux invasions.

 

1125   Une église remplace l’antique chapelle et elle est érigée en paroisse sous le patronage de l’apôtre St Paul par Etienne de Senlis, Louis VI le Gros étant roi de France. Nous n'avons aucun document la décrivant telle qu'elle était à l'époque. 

 

1358       Charles V installe son palais royal en l’Hôtel Saint Pol, rue Saint Paul. Charles VI et Charles VII sont baptisés à Saint Paul qui est paroisse royale jusqu’en 1559, après la mort d’Henri II mortellement blessé lors d’un tournoi rue Saint Antoine.

 

1430 – 1431   L’église St-Paul est reconstruite.

1432       Elle est solennellement dédicacée le 2ème dimanche après Pâques, 4 mai 1432.

 

1792    Cinq prêtres de la paroisse St-Paul sont assassinés lors des massacres de septembre comme en témoigne une plaque commémorative dans Saint Paul Saint Louis. 

 

1797      L'église est détruite, il ne reste désormais qu'un pan de mur visible au 30 de la rue Saint Paul. 

 

Cependant l'horloge de la façade, la cloche, les deux reliquaires dans le choeur de Saint Louis proviennent de l'église Saint Paul ainsi qu'une gravure de la Confrérie de l'Immaculée Conception de 1763

 

L’église Saint-Louis (1580-1803)

 

2 janvier 1580    Le cardinal Charles de Bourbon, oncle d’Henri IV, achète l'hôtel de La Rochepot et en fait don à la Compagnie de Jésus fondée à Paris en 1539 par Ignace de Loyola qui en fit sa maison professe (maison des profès). Ils construisent une 1ère chapelle St-Louis. Les jésuites en son expulsés une première fois de 1594 à 1603. 

 

En 1604, rétablis en France, ils rentrent en possession de l’hôtel de Clermont.

 

1619 : Louis XIII leur concède un emplacement plus vaste dans le marais sur lequel ils établissent l’église Saint-Louis. Il construisent une bibliothèque à côté.

 

7 mars 1627        Louis XIII, accompagné du 1er archevêque de Paris Jean-François de Gondi, pose la première pierre de l’actuelle église St-Louis.

 

9 mai 1641 La première messe est célébrée à St-Louis par le                                         Cardinal de Richelieu.

 

La maison professe reçoit la haute société de son temps venue écouter Bourdaloue Bossue, Charpentier et Rameau.

 

1762   Fermeture de la maison professe par arrêt du Parlement de Paris.

 

2 juillet 1676       Dédicace de Saint Louis par François Faure, évêque d'Amiens. 

 

1762            Les Jésuites sont expulsés de France par Louis XV. La chapelle St-Louis est confiée au couvent Sainte Catherine, situé sur la place du marché Sainte Catherine. Ils aménagent le choeur (banc de communion en marbre et stalles) et apportent les monuments funéraires de leur chapelle. 

 

1763  Le pape Clément XIV supprime l’ordre des jésuites.

 

1789    La Bastille est détruite. La chapelle St-Louis sert de dépôt aux œuvres d’art et livres récupérés dans les lieux de culte du quartier. 

 

1793      Robespierre prêche à St-Louis le culte de la Raison contre l’athéisme en 1793. Il mourra guillotiné le 28 juillet 1794.

 

1802      Napoléon I choisit l'église Saint Louis comme église paroissiale du Marais suite à la destruction de l'église Saint Paul pendant la révolution. 

 

En 1802 Napoléon I organise le culte catholique. Le pragmatique Cardinal de Belloy Morangle accepte les conditions de l'Empereur et l'église Saint Louis devient paroisse en remplacement de l'église Saint Paul qui a été détruite en 1797. 

 

La Paroisse Saint-Paul-Saint-Louis

 

15 janvier 1803 : le conseil de fabrique de la paroisse Saint Louis demande à l'archevêque de Paris que soit accolé le nom de Saint Paul à celui de Saint Louis, en mémoire de l'antique chapelle et paroisse Saint Paul des Champs, laquelle depuis le 7ème siècle avait accueilli la prière des chrétiens du quartier. La paroisse Saint Paul Saint Louis était relevée.

 

1814.    L’ordre des jésuites est rétabli.

 

1830 - 1831 : pillage pendant les Trois Glorieuses.

 

1870 - 1871 : pillage pendant la commune de Paris

 

1887 : l’église est classée au titre des monuments historiques

 

2012 : rénovation de la façade par la mairie de Paris

 

2015 : rénovation du lanternon par la mairie de Paris 

 

Un patrimoine exceptionnel

 

Façade

 

La façade comporte trois travées. Les deux latérales sur deux niveaux surmontés d’une balustrade et la travée centrale sur trois niveaux surmontés d’un fronton triangulaire. De larges volutes adoucissent l’émergence de ce troisième niveau. Les deux niveaux inférieurs présentent les caractéristiques de l’ordre corinthien, aisément reconnaissable  aux chapiteaux des colonnes au trois rangs de feuilles d’acanthe et le troisième niveau est composite, mêlant volutes ioniques et feuillages corinthiens.

Trois niches abritent les statues de Saint Louis (troisième niveau, travée centrale), Sainte Catherine et Sainte Aure (deuxième niveau, travées latérales). 

 

Horloge de la façade : cette horloge, restaurée en même temps que la façade en 2012, provient de l'ancienne église Saint Paul, détruite en 1797. les habitants du quartier ne voulaient pas qu'elle disparaisse et après la révolution elle a été placée sur le vitrail central de la façade de Saint Louis, en remplacement du monogramme IHS des pères jésuites. Coincidence, l'année inscrite sur l'horloge, 1627, année de sa réalisation, est aussi l'année de la pose de la première de l'église Saint Louis. 

 

Horloge noctune d'Henry Lepaute : installée dans la première tribune de l'église, cette horloge donnait l'heure nuit et jour par un système d'éclairage au bec de gaz situé au dessus du mécanisme. Remise en état par les horlogers de la ville de Paris, elle nécessite d'être remontée toutes les 8 heures. Une réflexion est menée en ce moment par les horlogers et électriciens de la Ville de Paris pour électrifier son remontage et remettre en fonctionnement l'éclairage intérieur pour qu'elle soit visible en façade

Crypte des Jésuites : de nombreuses personnes sont enterrées à Saint Paul. La liste sera mise en ligne un jour ici. Mais parciulièrement les pères jésuites de 1580 à 1764, inhumés sous le choeur de l'église. 

 

Cloche : une seule cloche est présente à Saint Paul Saint Louis, dans un clocher construit après la révolution car, n'étant pas une paroisse, la chapelle Saint Louis n'avait pas à annoncer les événements tels que les baptêmes, mariages ou enterrements qui devaient - normalement même si ce ne fut pas toujours le cas - être célébrés dans l'église paroissiale Saint Paul. La cloche posée provient en revanche de l'ancienne église Saint Paul détruite en 1797. Les cloches de la maison professe qui rythmaient la vie des Pères Jésuites ont été retrouvées dans les combles du lycée Charlemagne et devraient bientôt être de nouveau visibles. 

 

Baptistère de Saint Paul : le baptistère de l'ancienne église Saint Paul existe toujours : il est dans les Yvelines, dans l'église de Médan. Y ont été baptisés les rois Charles VII et Charles VIII ainsi que de nombreux membres de la famille royale qui habitait alors l'Hôtel Saint Paul, rue Saint Paul. 

 

Sacristie : elle date de 1643, imposante et comporte un chapier en parfait état, avec son pied. Nous espérons pouvoir la faire visiter lors des Journées du Patrimoine en 2015. Trois taleaux attribués à Philippe de Champaigne l'ornent au sommet.

 

Christ de la prison de la Bastille :  la prison de la Bastille comportait une chapelle et au dessus du maître autel la peinture d'un Christ en Croix a été sauvé lors de la destruction de l'édifice et placé dans la sacristie de Saint Louis. 

 

Graffitis : de nombreux graffitis gravés dans la pierre sont présents dans les tribunes et en particulier un "Clicquot" qui a été le facteur d'orgue du premier instrument installé dans l'église, hélas détruit à la révolution. Il ne reste que la signature de celui qui l'a construit. Un autre graffiti sur le deuxième pilier à doite à l'entrée de l'église date de la commune de Paris. « La république française ou la mort ». Graffiti du corps franc des « Enfants du Père Duchêne » écrit entre le 21 et le 24 mai 1871, à la fin de la Commune de Paris. L'auteur semble avoir eu les deux ...

 

Autographe de Victor Hugo :  Nous conservons dans nos registres paroissiaux l'autographe de Victor Hugo lors du mariage de sa fille Léopoldine avec Charles Vacquerie le 15 février 1843. Les parents des mariés ne signent pas les registres mais Léopoldine était mineure et il fallait le consentement de son père pour qu'elle épousât son fiancé.

 

Au coeur du mystère

Plan de l’église 

 

1 : chapelle des Fonts baptismaux. Baptême du Christ par Caruelle d’Aligny (1842). Statue de Ste Geneviève par Eugène Guillaume (1887).

2 : chapelle St Paul : baptême de Lydie par St Paul Mathieu François Latil (1845).

3 : Saint Jérôme par Charles Lefebvre (1846). Vitrail aux armes de La Tout d’Auvergne.

4 : Statue de Saint Vincent de Paul par Raffl.

 

5 : Statue de la Vierge par Agathon Léonard (1828) ; à droite, l’ange de la religion foudroyant l’idolâtrie (Vinache 1750), au dessus Louis XIII offrant le modèle de l’église à Saint-Louis (atelier de Vouet 1650) et à gauche, la religion instruisant un américain (Adam 1750), au-dessus, la mort de Saint-Louis par Jacques de Lestin (1668).

6 : boiseries du XVIIème siècle et Assomption peinte.

7 : Vitrail aux armes du Maréchal de La Meilleraye, Christ en bois du XVIIème siècle et boiseries aux chiffres de Saint Paul et Saint Louis. Voûte sculptée aux emblêmes de la Vierge.

8 : Chœur de l’église ; 

les quatre évangélistes par Decaisme (1843) ; 

grilles et stalles du XVIIème siècle. Tapis de la manufacture d’Aubusson (XIXème siècle) aux chiffres de St Paul et St Louis. Accès réservé.

9 : Devant d’autel de François Anguier : Les Pèlerins d’Emmaüs, XVIIème siècle.

10 : Chapelle N-D des Sept Douleurs ; Vierge de Germain Pilon, 1586, voûte sculptée aux emblèmes de la Vierge et boiseries du XVIIème siècle.

 

11 : à droite : le Christ au jardin des Oliviers par Eugène Delacroix (1826), 

 

La toile représente Jésus, qui, après la dernière Cène, se rend au mont des Oliviers, colline de Jérusalem, pour prier. Il laisse des disciples à l’entrée du jardin de Gethsémani, à l’exception de trois d’entre eux, Pierre, Jacques et Jean. On distingue au loin la troupe de soldats venant arrêter Jésus. La toile a été réalisée suite à la commande en 1824 du préfet de la Seine, le comte de Chabrol, pour le transept gauche de l’église. Le tableau a été présenté pour la première fois lors du Salon de 1827. Le peintre a pris quelques libertés avec les évangiles : l’ange est ainsi par exemple remplacé par un groupe d’anges.`

 

La toile a été présentée au Louvre du 29 mars au 23 juillet 2018, puis au Metropolitan Museum de New York dans le cadre de l’exposition Delacroix avant de retourner dans l’église Saint-Paul-Saint-Louis. L’œuvre endommagée par le temps a été restaurée en vue de cette exposition par la Conservation des œuvres d’art religieuses et civiles de la Ville de Paris de juillet 2017 à février 2018. Source : fondation la sauvegarde de l’art français.https://www.sauvegardeartfrancais.fr/actualites/restauration-delacroix/

 

Statue du Sacré Cœur par Bonnassieux (1879), 

 

 

 

Buste de Bourdaloue par Besquent (1903) et Saint Louis recevant la couronne d’épines des mains du Christ de l’atelier de Simon Vouet (1642).

 

 

12 : Le Christ apparaissant à Sainte Marguerite Marie Alacoque par Elisa Drojat (1828-1910).

14 : Chapelle Saint Louis : Saint Louis vénérant la couronne d’épines par Mlle Leduc (1831).

15 : Chapelle Saint Joseph : Jésus dans l’atelier de Joseph par Jules Richomme (1870).

16 : Buffet d’orgue classé. 

 

Saint Paul (épée) par Legendre-Héral (1845) et Saint Pierre (clé) par Victor Huguenin.

17 : bénitiers offerts par Victor Hugo pour le baptême d’Adèle et le mariage de Léopoldine.

18 : Sacristie : peinture du Christ en Croix provenant de la chapelle de la Bastille et trois peintures dans les chasubliers du XVIIème siècle, dont une crucifixion de Philippe de Champaigne.

 

(Source : https://www.spsl.fr/histoire)

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Centenaire de l'armistice du 11 novembre 2018

Publié le par Marie Castillo

 

Un oiseau chante

Un oiseau chante ne sais où

C’est je crois ton âme qui veille

Parmi tous les soldats d’un sou

Et l’oiseau charme mon oreille

 

Écoute il chante tendrement

Je ne sais pas sur quelle branche

Et partout il va me charmant

Nuit et jour semaine et dimanche

 

Mais que dire de cet oiseau

Que dire des métamorphoses

De l’âme en chant dans l’arbrisseau

Du cœur en ciel du ciel en roses

 

L’oiseau des soldats c’est l’amour

Et mon amour c’est une fille

La rose est moins parfaite et pour

Moi seul l’oiseau bleu s’égosille

 

Oiseau bleucomme le cœur bleu

De mon amour au cœur céleste

Ton chant si doux répète-le

À la mitrailleuse funeste

 

Qui claque à l’horizon et puis

Sont-ce les astres que l’on sème

Ainsi vont les jours et les nuits

Amour bleu comme est le cœur même

Guillaume Apollinaire, Calligrammes

17 décembre 2015

 

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Souvenirs

Publié le par Marie Castillo

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Saint-Pierre-Saint-Paul à La Celle-Saint-Cloud

Publié le par Marie Castillo

Chaque année, l’église Saint-Pierre-Saint-Paul est ouverte au public dans le cadre des journées du Patrimoine. En 2016, ces dernières ont été l'occasion d'une présentation des oeuvres restaurées dans l'église par le conservateur délégué des antiquités des Yvelines dans le cadre du programme de protection et de valorisation des oeuvres de la DRAC Ile-de-France.

 

Un ancrage dans l’histoire.

 

Vers 770, deux églises se côtoient, l’une située au Bourg, sous le patronage de Saint Pierre, l’autre au Chesnay.

 

Après avoir été détruite par les Normands, puis les Protestants lors des guerres de religion, l’église du Bourg a été rebâtie au XVIIème siècle par les moines de Saint Germain des Prés, avant d’être consacrée en 1717 après l’achèvement du chœur.

 

Le mobilier a été vendu à la Révolution, mais une grande partie a été ensuite restituée par les acquéreurs.

 

Pillée lors de l’occupation par les Prussiens, pendant le siège de Paris en 1870, l’église a été ensuite à nouveau restaurée. En 1954, la nef a été allongée et la partie gauche du chœur a été construite. Enfin le clocher a été reconstruit en 1961 : l’ancien clocher en bois ayant été ébranlé en 1944 par l’explosion d’une péniche de munitions que les Allemands ne voulaient pas laisser à la disposition des Alliés.

 

En juillet 2017, le podium en bois datant de 1969 a été démonté. Il recouvrait un sol en pierre datant de 1950.  Pendant l’été 2017, le sol du chœur a été renforcé par des injections de résine. Durant l’automne 2017, un nouveau sol en pierre a été posé. 

 

Statue de la Vierge à l'enfant.

 

 

La statue de la Vierge à l'Enfant a fait l'objet de travaux de mise en sécurité, après avoir été volée en 1881. Elle a été réalisée en bois de tilleul avec un traitement insecticide. Datant du début du XVIème siècle, elle reprend des motifs allemands et en particulier des gravures de Dürer. Au début du siècle, la sculpture a été recouverte de peinture dorée et coiffée d’une couronne. Volée en plein jour en 1981, après avoir transité par Naples, elle a été retrouvée à Nüremberg en Allemagne en 1983 par Interpol. Ayant été séparée de sa couronne, la peinture dorée effacée, elle a donc été restaurée et est maintenant solidement fixée au mur.

 

La création d’une chapelle vouée à la Vierge atteste d’un renouveau du culte marial dans la seconde partie du XIXème siècle.

Le 8 décembre 1854, le pape Pie IX déclare l’Immaculée Conception de Marie dogme de foi.

La dévotion à la Vierge du Rosaire, d’origine médiévale, connut un regain de ferveur à la suite de sa remise en vigueur par le pape Léon XIII en 1886, comme en témoigne « la vision de saint Dominique », un des vitraux de l’église (chapelle).

 

Les restaurations de l’autel et du tabernacle ont été réalisées au printemps 2016.

 

Le retable dans le chœur, au-dessus de l’autel, représente la Résurrection du Christ. Cette copie d’un tableau de Carle Van Loo (1705-1765) date du XIXème.

 

 

 

 

 

 

 

Saint-Pierre-Saint-Paul à La Celle-Saint-Cloud
Saint-Pierre-Saint-Paul à La Celle-Saint-Cloud

Le tableau « L’Immaculée conception » a été peint par Claude-Marie Dubufé, peintre d’histoire, né à Paris en 1790 et décédé à La Celle Saint Cloud en 1854. Le tableau a été restauré en 2016. Il comportait de petites déchirures dues à l'humidité.

 

 

Un lustre du XVIIIème siècle a été installé en septembre 2015 une fois la restauration du plafond  terminée.

 

 

Le tableau intitulé le « Saint évêque » par Francesco Raibolini, dit Francia (1450-1527), contemporain de Michel Ange et Raphaël est la propriété de l'association diocésaine depuis 1929 suite à un don du docteur Walter Hogg en souvenir de sa mère, qui habitait La Celle Saint-Cloud. Il représente saint Ambroise, cardinal archevêque de Milan (fin du IVème siècle), chassant l’hérésie un fouet à la main. Il a été classé deux fois aux monuments historiques en 1934 d'abord avant d'être déclassé en 1959 avec la contestation de son authenticité, puis reclassé en 1977.

 

Le tableau a fait l'objet d'une restauration préalable en 1959 et en 1982, puis en 2016. Il comporte de nombreux repeints, dont certains sont considérés comme faisant partie de son histoire.

 

 

 

Le tableau « La Cène à Emmaüs » représente, dans un décor d’architecture italienne, avec des personnages vêtus à la mode orientale, le moment où les disciples reconnaissent le Christ à la fraction du pain. C’est une œuvre de Mansuetti, peintre vénitien de la fin du XVème  siècle- début du XVIème. Ce tableau a fait l’objet en 1994 d’une étude de M. Loire, conservateur au Musée du Louvre. Il a été restauré en 2016.

 

Les vitraux sont de diverses provenances.

 

Le maître verrier parisien Léon D. Tournel installe en 1891 « la vision de saint Dominique » et le « couronnement de la Vierge » dans la chapelle de la Vierge.

 

 

Saint-Pierre-Saint-Paul à La Celle-Saint-Cloud
Saint-Pierre-Saint-Paul à La Celle-Saint-Cloud

Les deux vitraux de la nef datant de 1854 représentent « saint Pierre » et « saint Jacques ». Il s’agit d’un don de  Jacques de Beckholtz dans ce qui était le chœur primitif.

Saint-Pierre-Saint-Paul à La Celle-Saint-Cloud
Saint-Pierre-Saint-Paul à La Celle-Saint-Cloud

Les cinq vitraux de la nef, 3 à droite, 2 à gauche, lorsqu’on entre dans l’église, sont des dons réalisés à l’église vers 1860 par Jean-Pierre Pescator, propriétaire du château de La Celle Saint-Cloud en 1864. Voir l’inscription : « Ex dono ab A.J.P.P.».

Saint-Pierre-Saint-Paul à La Celle-Saint-Cloud
Saint-Pierre-Saint-Paul à La Celle-Saint-Cloud

Le vitrail moderne du côté de l’orgue a été offert par M. Felix dans les années 1990 en souvenir de sa femme et représente Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus.

 

« La rencontre » est une sculpture apposée au fronton de l’église et inaugurée le 17 novembre 2002. Dès 1999, les paroissiens de Saint-Pierre-Saint-Paul ont souhaité marquer le Grand Jubilé de l’An 2000 et «… témoigner de leur foi et de leur confiance dans le Christ par une œuvre qui fasse signe et accueille ceux qui passent… »

 

L’artiste choisie, Françoise Bissarra-Fréreau, a proposé la réalisation d’une sculpture en bronze : «  Le Christ à la rencontre de l’Homme ». 

 

La sculpture de bronze a été fabriquée dans l’atelier de M. Clementu à Meudon à partir de l’œuvre en cire de Françoise Bissarra Fréreau :

            « Deux personnages, le Christ et l’Homme … l’un allant vers l’autre dans un mouvement d’attraction. La main de l’homme ouverte au centre (offrande)… Le Christ à droite a pris notre humanité pour venir sur le chemin à la rencontre de l’Homme…

            Le  « vêtement-écriture » du Christ, comme une vague roulant aussi vers le centre (c’est sa Parole qui est au « centre » de notre âme), comme un chemin…comme une source…

            Ce « vêtement-écriture », ombre et lumière, qui revêt l’homme exprime une progression vers le mystère…

            Le Christ nous invite à lâcher l’ancien vêtement pour nous laisser revêtir de la Parole... »

 

 

La sacristie a été construite sur l’ancien jardin du garde-champêtre grâce à une donation de Madame de Blignières, dont le nom a été donné à la rue qui longe l’église.

 

Le presbytère a été mis à la disposition du curé par la ville après la Révolution. Ce bâtiment avait été construit en 1760 pour servir d’hospice grâce à un don et à une rente de Madame Bachelier, châtelaine du château de La Celle Saint-Cloud.

 

Le cimetière était autrefois localisé devant l’église à proximité de la fontaine St Pierre. Il a été déplacé en 1808, pour des raisons d’hygiène. Charles Gilbert Morel de Vindé, propriétaire du château, a fait don du terrain à côté de l’école Pasteur, emplacement de l’actuel « ancien cimetière ».

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La route antique des hommes pervers

Publié le par Marie Castillo

Une lecture qui porte du fruit...dont voici ci-dessous la substantifique....

 

Introduction.

 

René Girard est né à Avignon en 1923. Diplômé de l’école des Chartes, il s’installe aux Etats-Unis en 1947, où il a exercé comme professeur de littérature et d’anthropologie aux universités de John Hopkins à Baltimore et de Standford en Californie. Il est membre de l’Académie française à partir de 2005 jusqu’à sa mort en 2015.

 

Dans son premier livre, « mensonge romantique, vérité romanesque » (1961), René Girard présente sa théorie du désir mimétique et montre également ses qualités de critique littéraire. Celle-ci anticipe les découvertes réalisées dans le domaine de la psychologie sur la mimesis psychologique, et de la neurologie sur les « neurones miroirs ».

 

La rivalité mimétique conduit au tous contre tous, qui devient le « tous contre un seul » par la violence sacrificielle. Dans la violence et le sacré (1972), René Girard présente ses réflexions sur le sacré archaïque. L’auteur explique dans « des choses cachées depuis la fondation du monde », titre tiré de l’évangile de Mathieu (13,35) qu’il tire ses analyses de la lecture de la Bible. La Bible opère […] une rupture radicale par rapport à la mythologie puisque, dans l’Ancien Testament [déjà], et plus spectaculairement encore dans les évangiles, la suprématie de la foule [enflammée par la violence] qui remonte aux origines de l’humanité est enfin renversée.

 

La violence sacrificielle est liée au mécanisme du bouc émissaire qu’il expose dans un livre publié en 1982.

 

Dans « la route antique des hommes pervers » (1985), René Girard analyse l’histoire de Job racontée dans la Bible et met en évidence le mécanisme de la victime émissaire. La route antique des hommes pervers est le cheminement suivi par Job, d’abord tenu pour une idole par la société puis objet de sa haine. Eliphaz un des trois « amis » de Job lui demande précisément :  « Veux-tu suivre la route antique que foulèrent les hommes pervers ? »

 

L’analyse de l’origine du phénomène humain menée par René Girard renouvelle l’approche et la pratique de la critique littéraire, de l’histoire et de la psychologie, mais également « les mécanismes du désir et de la concurrence qui modèlent notre économie, l’anthropologie, l’histoire des religions, et [ … rien de moins que] la théologie avec l’énoncé sans ressentiment des positions qui relèvent de la foi, une mise en lumière de la violence du peché originel (meutre d’Abel par Caïn), la compréhension du Christ comme le dieu des victimes. Pour certains, René Girard semble chercher à donner une légitimation scientifique au christianisme. Or, c’est de la Bible qu’il tire ses grilles de lecture

 

Résumé.

 

Job explique clairement ce dont il souffre. Il est ostracisé, persécuté par ceux qui l’entourent. Il n’a rien fait de mal et tout le monde se détourne de lui et s’acharne contre lui. Il est le bouc-émissaire de sa communauté, l’homme pervers à éliminer. Le bouc-émissaire, c’est l’innocent qui polarise la haine universelle.

Il y a une ressemblance entre le livre de Job et les psaumes pénitentiels, dans lesquels parle une victime innocente, presque toujours en instance de lynchage.

Job est un grand chef que l’opinion a d’abord hautement prisé, puis qu’elle a brusquement méprisé. Avant de devenir bouc émissaire, Job a vécu une période de popularité si prodigieuse qu’elle frisait l’idôlatrie. Job est la victime du retournement massif et soudain d’une opinion publique visiblement instable, capricieuse, étrangère à toute modération. Il ne paraît guère plus responsable du changement de cette foule que ne l’est Jésus d’un changement très analogue, entre le dimanche des Rameaux et le vendredi de la Passion. Pour qu’il y ait cette unanimité dans les deux sens, un mimétisme de foule doit chaque fois jouer. Les membres de la communauté s’influencent réciproquement, ils s’imitent les uns les autres dans l’adulation fanatique puis dans l’hostilité plus fanatique encore.

 

La « route antique des hommes pervers » commence par la grandeur, la richesse, la puissance, mais s’achève dans un désastre foudroyant. Le désastre qui attend les « hommes pervers » au terme de leur course, au bout de la « route antique », doit ressembler à ces fêtes primitives dont le déroulement, même atténué et ritualisé, fait songer à un phénomène de foule. Tout se termine toujours par un simulacre de bouc émissaire, qui se fait brûler ou noyer. Phénomène récurrent de violence collective, qui s’attaque surtout aux « grands », aux « tyrans », mais non exclusivement à eux, et qui s’interprète toujours comme vengeance divine, intervention punitive de la divinité.

 

Des armées puissantes, des fléaux naturels et des animaux qui combattent pour dieu se rassemblent contre leur victime. La multiplicité des ennemis relève du modèle de la foule humaine. Le tous contre un se retrouve jusque dans le discours des trois « amis » de Job. Les trois amis l’écrasent de leur discours. En faisant de toutes les violences dirigées contre Job autant de services rendus au Dieu, ces discours justifient les brutalités passées, ils en incitent de nouvelles. Ils sont plus redoutables que les crachats des miséreux. Leur valeur performative est évidente. Les discours des amis reflètent la fureur sacrée qui s’empare des lyncheurs à l’approche du lynchage. De la mania dionysiaque à l’amok polynésien, transe collective qu’on retrouve aussi dans la tragédie grecque (voir les tirades du choeur tragique avant la mise à mal de la victime, le meurtre de Penthée dans Les Bacchantes, la découverte du « coupable » dans Oedipe Roi). Les trois amis sacralisent la violence. Parce qu’ils participent à son lynchage, les amis ne comprennent pas le rôle de bouc émissaire joué par Job. Ils sont impuissants à concevoir le point de vue de Job.

 

L’analyse de René Girard s’inscrit dans la continuité de son œuvre : « la violence et le sacré » (1972), « Des choses cachées depuis la fondation du monde » (1978), « Le Bouc émissaire » (1982). La violence unanime du groupe se transfigure en épiphanie de la divinité. Dans Les Bacchantes, le lynchage de Penthée ne fait qu’un avec l’épiphanie d’un Dionysos vengeur. Dans les Dialogues, le lynchage de Job, et celui de tous les « hommes pervers », ne fait qu’un avec l’intervention de la vengeance divine. Pour qu’un groupe humain perçoive sa propre violence comme sacrée, il faut qu’il l’exerce unanimement contre une victime dont l’innocence n’apparaît plus, du fait même de cette unanimité. L’analyse des Dialogues apporte une certaine nouveauté. La thèse victimaire n’est pas vraiment démontrable, car elle n’est jamais directement lisible. Au mensonge sacré des amis, s’oppose le réalisme vrai de Job.

 

Le contrepoint du discours sacré et du discours désacralisant fait surgir une vérité généralisable, la vérité de toute religion violente. Il démystifie la perspective traditionnelle non seulement sur Job et sur les autres boucs émissaires dans la société de Job mais sur tous les boucs émissaires générateurs de sacré violent.

Partout les persécuteurs font prendre « la route antique » à leurs victimes et ces voyages ne nous parviennent que sous la forme d’épopées de la vengeance divine, dans les représentations transfigurées qu’ils s’en font. C’est ce que nous appelons les mythes.

L’histoire d’Oedipe est à comparer à celle de Job. Le mythe est une « affaire Job » racontée d’un bout à l’autre par les persécuteurs. Les Dialogues de Job sont un Oedipe dont la victime refuse jusqu’au bout de joindre sa voix à celles des persécuteurs. Oedipe est un bouc émissaire réussi, parce que toujours méconnu en tant que tel. Job est un bouc émissaire manqué. Il détraque la mythologie qui devait le dévorer en maintenant son point de vue face à l’unanimité formidable qui se referme sur lui. Pour que l’unanimité soit parfaite, il faut que la victime y participe. Il faut qu’elle joigne sa voix à l’unanime voix qui la condamne. Ce qui transforme la perspective des persécuteurs en vérité indiscutable, c’est la soumission finale d’Oedipe au verdict imbécile de la foule. Oedipe affirme lui-même qu’il est le Maudit, le Méchant, l’Ennemi de Dieu.

 

René Girard montre que toutes les conditions du mimétisme sont réunies dans le livre de Job. Job est devenu le primus inter pares. C’est l’élite d’abord qui a pris Job pour modèle, qui l’a flatté, qui l’a vénéré, qui l’a servilement imité. Le reste du peuple a suivi, imitant les premiers imitateurs. L’absence de distance sociale favorise l’imitation réciproque des égaux. Job se confond avec son succès et désirer ce succès, c’est désirer Job lui-même, l’être incomparable de Job. Cette identification est éminemment concurrentielle, donc ambivalente d’emblée. Ses rivaux veulent tous devenir cette espèce de roi non couronné qu’il était lui-même et qui provoque la jalousie, une forme de fascination haineuse. Job est le modèle obstacle de la théorie mimétique. On trouve également dans la société des gens qui ne peuvent pas rivaliser personnellement avec Job, mais qui sont assez opprimés pour adopter aveuglement, mimétiquement, les boucs émissaires qu’on met à leur disposition. Ils peuvent alors satisfaire leur rancoeur permanente sur les victimes les plus désirables, les plus prestigieuses. Job voit que le bouc émissaire est interchangeable avec ses rivaux, qui le persécutent férocement, les prétendus amis.

 

Néanmoins l’envie dont fait l’objet Job n’est pas explicite. Le texte qui lie l’envie mimétique au phénomène du bouc émissaire sacralisé se trouve selon René Girard dans le psaume 73. Ce dernier reflète la perspective des amis, des persécuteurs.

 

La rivalité résulte si naturellement de l’imitation des désirs que le mimétisme en vient à regarder le rival triomphant comme indispensable. Il fait passer l’obstacle avant le modèle. Il choisit le modèle en fonction de l’obstacle. Si rien ne le contrecarre, le miméto-masochisme cesse de désirer. Il ne voit plus de modèle digne d’être imité. Le désir se met alors en quête d’un obstacle meilleur. Plus résistant.

 

Le mécanisme émissaire libère tous les hommes sans relever d’aucun, sinon peut-être de la victime elle-même, qui, du coup, risque fort de redevenir une idole après sa disparition. Nul ne peut maîtriser le phénomène. Il a tous les caractères d’une intervention surnaturelle.

L’orphelin tiré au sort est un bouc émissaire rituel, un substitut de cette victime originelle qui fit spontanément l’unité contre elle et réconcilia dans sa mort la communauté. Pour rétablir l’unité, il faut un accord unanime et sans arrière-pensée.

Job se compare implicitement à la victime idéale, l’être qui n’a plus ni parents, ni serviteurs, ni voisins, ni même un ami pour le défendre. On peut le choisir sans craindre de raviver les divisions que le sacrifice est destiné à guérir.

Aux yeux de Job, les trois amis son des trafiquants de chair humaine. Les amis envisagent le sacrifice de Job sous l’angle d’une thérapeutique sociale. Cela fait penser aux chamans, aux medicin men qui procèdent par purifications. Les amis remplissent la fonction sanitaire des vautours dans certaines civilisations traditionnelles.  Dans Oedipe Roi, l’une des perspectives sur l’expulsion du bouc émissaire est essentiellement médicale, hygiénique. La religion des trois amis est à annexer au domaine de la technique, celle du bouc émissaire.

 

L’affaire de Job sert de modèle à la monarchie sacrée. On retrouve les crimes imaginaires du bouc émissaire dans la monarchie sacrée. Le roi est censé faire preuve d’arrogance, de brutalité et même de férocité.  Il est cet oppresseur du peuple que les « hommes pervers » d’Eliphaz passent tous pour avoir été. Pour faire bonne mesure, on demande au monarque de se faire officiellement coupable d’une variante des crimes oedipiens, le meurtre du père ou d’un proche parent, l’inceste maternel ou sororal. Les actes interdits que le roi doit commettre se transforment en devoirs très stricts, et par conséquent cessent d’être des crimes, mais pour le monarque seulement. Les anciens crimes du bouc émissaire sont devenus des rites d’intronisation.

 

Les rites évoluent. Ils privilégient le rapport d’idolatrie entre le peuple et celui qui devient roi. Ce privilège tend à s’exagerer de plus en plus au détriment de la phase du bouc émissaire qui devient une comédie symbolique et finit par disparaître définitivement.

Il existe d’autres systèmes qui évoluent en sens inverse.  La phase du bouc émissaire l’emporte de plus en plus au détriment de l’idole populaire, qui tend à disparaître. Le sacrifice des orphelins, l’immolation des jeunes vierges dans la Grèce archaïque, dans les cultures méso-américaines, présentent une première phase où la future victime jouit d’avantages quasi-monarchiques : on execute tous ses ordres, on lui passe tous ses caprices. Le bouc emissaire l’emporte et peu à peu l’idole disparait.  Une fois que les imitateurs rituels se sont engagés dans l’un des deux sens, ils iront de plus en plus loin dans le sens choisi, sous l’effet des principes qui gouvernent leur imitation. Ils déboucheront en fin de compte sur des formes tellement métamorphosées qu’elles paraissent tout à fait étrangères les unes aux autres, et suffisamment simplifiées pour paraître « élémentaites », fondamentales, antérieures à la complexité bizarre du modèle que Job nous propose. Alors, on a des victimes qui ne sont plus rien que des victimes et des rois qui ne sont plus rien que des rois.

Sur la pente sacrificielle, certains rites mettent l’accent sur la seule victime et la seule immolation sacrificielle alors que d’autres mettent l’accent sur la participation collective au mimétisme indifférenciateur. Dans le second cas, le système imite, dérive vers les rites de type festif ou anti-festif, les rites de la consommation déréglée, les rites d’abstinence et de privatisation.

 

René Girard montre que l’aveu de la victime est un enjeu dans le processus totalitaire et jette les bases d’une réflexion sur les régimes totalitaires modernes. L’exigence d’une victime consentante caractérise le totalitarisme moderne aussi bien que certaines formes religieuses et parareligieuses du monde primitif. Les victimes des sacrifices humains sont toujours présentées comme extrêmement favorables à leur propre immolation, tout à fait convaincues de sa nécessité.

 

Les idéologies totalitaires détruisent la croyance en une justice impartiale et souveraine, étrangère aux conflits de la cité terrestre, ils ont détruit la transcendance effective de la loi par rapport aux individus qui composent la société réelle.

Quand il n’y a plus cette transcendance pour assurer la souveraineté et la continuité des institutions judiciaires, plus de principe invulnérable aux ambitions rivales, aux vicissitudes de l’histoire, à la corruption ou la médiocrité de ses représentants, ou bien il n’y a plus de vérité commune, ou bien pour en imposer une, il faut la vivre jusqu’au bout, et au besoin mourir pour elle, si l’on est prêt à tuer pour elle. Il faut se confondre avec elle, s’en faire l’incarnation.

 

Dans les régimes totalitaires, les dirigeants tendent vers ce statut d’incarnation (culte de la personnalité). L’un des points communs les plus spectaculaires entre le procès totalitaire et le processus de Job est l’effacement de la mémoire, la volonté d’éliminer le bouc émissaire et tout ce qui pourrait le rappeler, y compris son nom.

 

Est totalitaire toute société où le bouc émissaire réassume son rôle immémorial d’instaurateur et de restaurateur de transcendance, mais dans un climat trop influencé par le savoir et biblique et chrétien – le savoir de ce qu’est un bouc émissaire – pour ressusciter l’illusion des amis de Job et de tous ceux qui croient vivre dans un univers sans défaut. La tendance à attribuer les imperfections d’une société à des boucs émissaires du dedans et du dehors reste assurément universelle mais , au lieu de la décourager et de la dénoncer, les sociétés totalitaires l’encouragent et la systématisent.

 

D’après Job, le Méchant bénéficie des avantages réservés automatiquement au Juste par un système victimaire encore intact : dans ce monde réservé, les méchants finissent bien et les justes mal. Le mal ne révèle son caractère intraitable en ce monde qu’à partir du moment où le mécanisme victimaire est contesté.

 

Privée de tout appui du côté des hommes, la victime se tourne du côté de Dieu, elle embrasse l’idée d’un dieu des victimes.

Quelle est la logique de ce dernier ? Le dieu qui vengerait Job de tous les jaloux et le remettrait sur le trône ne se distinguerait pas de celui qui détruit les « hommes pervers » ou du Zeus qui foudroie les Titans pour venger le petit Dyonisos dévoré par ceux-ci.

 

Le dieu des évangiles est-il le dieu des victimes ? Jésus ne peut pas contraindre les hommes, il cherche à les persuader qu’ils se vouent au scandale par leurs désirs qui s’entrecroisent et se contrecarrent à force de s’imiter. Jésus recommande aux hommes de l’imiter lui et de chercher la gloire qui vient de Dieu, au lieu de celle qui vient des hommes. Il leur fera voir que les rivalités mimétiques ne mènent qu’aux meurtres et à la mort. Il leur révélera le rôle du mécanisme victimaire dans leur propre système culturel. Il ne leur cachera pas qu’ils restent tributaires de tous les meurtres collectifs commis depuis la fondation du monde. Il leur demandera de se reconnaître fils de Satan, voués au même mensonge que leur père l’accusateur.

 

En révélant la vérité, Jésus menace la domination de Satan, l’accusateur, qui va réactiver contre lui son procédé majeur, le mimétisme unanime de l’accusation, le mécanisme du bouc émissaire. Comme Job, il est condamné sans être coupable et sert de sanglante rançon à l’égarement de la cîté. Jésus se retrouve en situation de victime. Le Christ est le Dieu des victimes en ce qu’il partagera leur sort jusqu’au bout. Dieu ne prétend pas régner sur le monde. Il nous en révèle le roi, Satan, l’accusateur et le persécuteur. Le défenseur des victimes, le Paraclet, doit avoir pour adversaire, le prince de ce monde, mais il ne s’oppose pas à lui par la violence.

 

Pour l’anti-christianisme, le christianisme est une religion de la violence parmi d’autres.

Le Logos du dieu des victimes est invisible aux yeux du monde. On ne voit que l’échec de Jésus. La grande théologie chrétienne affirme cet échec, mais pour l’inverser en une victoire éclatante, la résurrection dans la Passion, tenue pour un « fantasme compensateur » pour la sagesse du monde. Pour Réné Girard, Job et Jésus se ressemblent. Le livre de Job s’interprète au regard des Evangiles.

 

Pour interpréter les dialogues, il faut choisir les victimes contre les persécuteurs. Le livre de Job ne nous contraint pas assez à entendre la plainte de Job (les propose des « amis » nous divertissent). Nous avons besoin d’un autre texte, la Passion, pour comprendre Job. L’évangile recommande de prêter attention à la victime, de lui venir en aide, de tenir compte de ce qu’elle dit. L’idée chrétienne que la défaite du christ se retourne en victoire, se trouve déjà réalisée parmi nous dans l’effondrement de la culture marxo-freudo-nietzschéenne, dans la crise aïgue de toutes les valeurs que l’ère post-chrétienne croyait opposer victorieusement au christianisme.

 

Le prophétisme de Job s’appuie sur l’accent sur les processus mimétiques. Job annonce le Christ dans sa participation à la lutte contre le Dieu des persécuteurs. Il annonce le Christ, quand il révèle le mécanisme victimaire qui se trame contre lui, quand il s’attaque au système de la rétribution.

 

 

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Château de La Celle Saint-Cloud en juin

Publié le par Marie Castillo

Voici quelques belles vues du parc du château de La Celle Saint-Cloud ouvert au public quelques jours par an...Un instant de beauté et de calme sous un beau soleil de juin...

 

 

 

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Epiphanie 2017

Publié le par Marie Castillo

Adoration des mages...Belle fête de l'épiphanie!

Domenico Ghirlandaio, musée du Septale degli Innocenti, Florence, 1485-1488

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bonne année 2017

Publié le par Marie Castillo

 

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